

Extrait de « LE MONDE » le 06 septembre 2001
Un article intéressant sur l’inflence de l’actionnariat chez FT.... la bourse, on joue et...on perd !
Le syndicat CFTC n’a pas attendu la rentrée de septembre pour ouvrir le feu. La publication, fin août, d’un communiqué évoquant la fermeture d’une centaine de points de vente de France Télécom sur le territoire et une réduction d’effectifs de 11 000 personnes dans les agences commerciales d’ici à 2004 a donné le ton. La rentrée sociale a débuté par un coup de fièvre.
Au-delà de la lutte d’influence qui se joue entre les différentes obédiences syndicales, la CGT et SUD étant les syndicats majoritaires au sein de l’entreprise, et la CFTC jouant le rôle d’outsider, cette montée au créneau illustre l’état d’esprit qui règne chez l’opérateur. L’inquiétude et le mécontentement gagnent du terrain au sein du personnel.
Mécontentement, tout d’abord, des salariés actionnaires. En effet, une grande majorité du personnel de France Télécom, près de 70 %, a souscrit au plan d’actionnariat proposé lors de l’ouverture du capital de l’opérateur historique en novembre 1997. Le "pacte social" scellé à ce moment crucial, alors que la société tournait le dos définitivement à son statut d’entreprise publique, reposait principalement sur cet accès au capital. La montée constante du cours de l’action qui a suivi n’a pas manqué d’être un thème très prisé de communication interne. Le paroxysme a été atteint en mars 2000, alors que le titre dépassait les 220 euros.
Depuis, l’action n’en finit pas de plonger. A 31,65 euros, elle se rapproche inexorablement de son cours d’introduction de 27 euros.
Ce plongeon est d’autant plus mal ressenti que l’échéance de ces plans en actions bloqués cinq ans, se profile. Tout espoir de gain se réduit comme peau de chagrin. Le retour sur terre est encore plus brutal pour ceux qui ont souscrit à la seconde émission de titres ou qui ont acheté des actions Wanadoo qui se négocient aujourd’hui, bien en dessous de leur cours d’introduction. Le "pacte social" s’en trouve d’autant fragilisé et les revendications salariales jusqu’alors mises sous le boisseau refont surface.
L’inquiétude, quant à elle, est suscitée surtout par la multiplication des plans sociaux qui touchent l’industrie des télécommunications. Les concurrents européens de France Télécom, comme le finlandais Sonera ou le néerlandais KPN, ont annoncé récemment des réductions d’effectifs. De plus, en août, Equant, filiale de France Télécom depuis la fusion avec l’entité Global One, a confirmé la suppression de 3 000 emplois. "Il y avait des synergies évidentes. Equant est une société américaine, cela s’est fait rapidement. Les problèmes d’emploi ne se poseront qu’aux Etats-Unis, en France tous les employés se verront proposer des postes chez France Télécom, sauf s’ils souhaitent partir", a souligné Michel Bon. L’opérateur historique explique que les licenciements ne sont pas de mise dans une entreprise où les fonctionnaires sont largement majoritaires. Un plan de départs en pré-retraite initié il y a cinq ans est aujourd’hui le principal levier de réduction des effectifs au sein de la maison mère. "Le nombre d’employés dans la maison mère est passé de 135 000 à 126 500, soit une baisse de 6,3 % ces six derniers mois", a précisé M. Vinciguerra, directeur financier de France Télécom. Une baisse démographique qui devrait s’accélérer dans les deux prochaines années.
A noter que ces départs en pré-retraite sont plébiscités. "Près de 90 % des salariés concernés saisissent l’opportunité", souligne un syndicaliste. Mais l’inquiétude est aussi liée aux impératifs de rentabilité affichés par France Télécom. "L’écroulement boursier remet en cause le plan de désendettement qui repose maintenant sur les résultats de l’activité. La direction s’apprête à faire payer aux salariés les conséquences de ses erreurs de stratégie. Elle entend procéder à un gigantesque serrage de boulons", précise SUD dans son communiqué. La CFDT ne dit pas autre chose. Selon Jean-Claude Desrayaud, élu CFDT et membre du conseil d’administration : "Le fossé se creuse entre les salariés et la direction de l’entreprise."