

Quand la notion d’intérêt général n’est pas perçue de la même manière par l’ensemble de la collectivité, alors, les différences se renforcent entre les uns et les autres.
Le train du changement laisse sur le bord du chemin ceux qui n’ont pas pris le bon wagon. La France découvre ainsi un jour qu’elle fonctionne à deux vitesses : éducation, justice, santé, société dans son ensemble finalement pas les mêmes pour tous. Cette société s’interroge alors sur la notion même de service public auquel elle était attachée et qui jusque là semblait être le garant d’une certaine égalité, service public bousculé par les privatisations.
La notion de service public a évolué ces dernières années, vers celle d’intérêt général. Les missions que l’on voudrait confier au service public sont de plus en plus de palier les manques du fonctionnement libéral du marché ; d’être présent lorsque le marché est défaillant. Une assurance tous-risques en somme.
Les entreprises publiques sont des institutions de la République. Leurs services donnent une définition de l’intérêt général. Louis Gallois, Président de la SNCF, insistera à Hourtin sur la nécessité de mettre à la question l’idée de privatisation, lorsque l’intérêt public est en cause.
"Mais il ne faut pas, non plus avoir peur de la privatisation", affirme en contrepoint, Michel Bon, le PDG de France Télécom. Le 27 août dernier à Hourtin, l’ouverture du capital de France Télécom n’était pas encore rendue publique.
Dans les têtes, c’était pourtant déjà fait. "Est ce que ça a un sens de dire, aujourd’hui, que tel objectif a un caractère d’intérêt général", provoque Michel Bon. "Le caractère d’intérêt général des télécommunications comme des transports est évident". La crainte de la libre concurrence et de la guerre des prix annoncée en matière de télécommunication n’inquiète pas le consommateur. Ce dernier va voir une baisse sensible de sa facture de téléphone dans les prochains mois. Ce qui ne va pas lui déplaire car le consommateur a aussi sa définition de l’intérêt général (ou particulier ?) : la qualité au meilleur prix. En effet l’indispensable doit être accessible à tous.
Alors, à la question, quel opérateur les Français vont choisir demain pour acheminer leurs communications téléphoniques, la réponse est claire : "Il faut une volonté politique d’unifier les tarifs sur le marché, ainsi France Télécom conservera ses clients et en gagnera d’autres". Privatisation et réglementation sembleraient aller de pair dans l’esprit du patron de France Télécom. La privatisation, au moins partielle, des domaines qui touchent à l’intérêt général aurait pour objectif de développer le marché, dont une des conséquences prioritaires devrait être une baisse des charges de fonctionnement des ménages et des entreprises. La situation ne serait alors vécue que comme une marche supplémentaire gravie vers le progrès.
La SNCF se prend d’ailleurs à rêver de mettre de la concurrence sur ses voies ferrées, en Rhône-Alpes et dans le Nord-Nord-Est. La privatisation des services publics ne serait-elle plus un problème ?
Simple outil de la politique économique actuelle en France, le service public ?
Encore reste-t-il à définir ce qui fait partie de l’intérêt général et ce qui est de l’ordre du bien communautaire. Le débat est loin d’être clos.
Hugues Lamoine