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vendredi 21 novembre 2008

 

Et si l’Etat devait encore casquer pour France Télécom ?

 
Avant de s’engager plus avant dans la privatisation d’EDF, le gouvernement serait bien inspiré de se pencher sur le cas de France Telecom.

On connait les difficultés financières de l’opérateur historique de téléphonie. Mais on sait peu de chose de l’imbroglio juridique dans lequel il se trouve, à propos des statuts de ses personnels. Un casse tête juridico-administratif qui pourrait coûter plusieurs milliards d’euros à l’Etat.

Explication
Le passage de France Télécom de la "quasi-administration" qu’elle fut jusqu’en 1990 à la société anonyme qu’elle est devenue en 1996 s’est accompagné d’un profond remaniement du statut des personnels.
Fonctionnaires dans leur grande majorité, les employés de l’ex-administration des Postes et Télécommunications ont eu à choisir : soit conserver leur statut de fonctionnaire d’Etat (on les appellent "reclassés", drôle de nom pour des salaries qui refusent de bouger !), soit entrer de plain-pied dans le privé et accepter une modification de leur contrat et de leur statut (ce sont les "reclassifiés").
Ces derniers se voyaient offrir de nombreux avantages financiers et sociaux, une progression de carrière motivante, sans perte de la sécurité de l’emploi.

Malgré ces arguments pour le moins incitatifs, 9000 salariés (9 % des effectifs) ont choisi de rester fonctionnaires d’Etat.
C’est ici que ça se corse. En effet, si France Telecom participe à l’exécution de missions de service publique et reste détenue à 54% par l’Etat, sa direction refuse de prendre en compte cette distinction dans la gestion de son personnel. D’où l’impasse.
D’un coté le management entend "muter" à sa guise les salariés, "reclassés" ou "reclassifiés". De l’autre, les "reclassés", ces "Indiens" de la fonction publique, refusent tout travail qui ne leur paraît pas directement lié à une mission de service publique.

Pas question de faire du porte-à-porte pour trouver de nouveaux clients. Les "Indiens" se fâchent même avec leurs syndicats, y compris SUD. Ils créent des associations qui se spécialisent dans le contentieux administratif. Non sans une certaine réussite, car il sont, semble-t-il le droit avec eux.

Depuis quelques mois, les tribunaux administratifs multiplient les décisions défavorables à France Telecom.

  • Affaire Jacquet contre FT, jugée à Versaille : France Telecom a été obligée de renoncer à muter cette technicienne des installations de télécommunication à un poste d’agent de clientèle.
  • Affaire Montana : l’opérateur historique est condamné pour avoir refusé de traiter équitablement, sur le plan de l’évolution de carrière, le "reclassé" Montana par rapport à ses collègues "reclassifiés" occupant le même type de poste.
  • Affaire Rival : à Montpellier, c’est l’Etat qui est condamné. Mme Rival, fonctionnaire d’Etat à France Télécom et "reclassée", s’etait vu refuser le droit de passer les concours internes de son administration, le ministère de l’Economie et des Finances, en l’occurence celui d’inspecteur de la concurrence.
  • etc....

Des dizaines de procédures similaires sont en cours et en attente de jugement. On devine le peu d’entrain que met l’Etat à rapatrier au sein des administrations centrales ces fonctionnaires payés jusqu’à présent par France Télécom.
"...Malgré toute notre insistance auprès du ministère des Finances et de celui de la Fonction Publique, insiste Pierre-Louis Delarue, le président de l’ADIFE P&T, personne n’a jamais été capable de nous montrer les lignes budgétaires correspondant à nos postes. Autrement dit nous n’existons pas dans la comptabilité publique...".
Si celà était confirmé, france Télécom serait en droit de réclamer 1,3 milliard d’euros à l’Etat, correspondant aux cinq années de salaire versés aux "Indiens" de France Télécom. Quant aux fonctionnaires dont la carrière a été gelée chez FT, le manque à gagner pourrait lui aussi se chiffrer à plusieurs centaines de millions d’euros.

Ce serait peut être une façon, pour le gouvernement, de subventionner légalement l’entreprise, sans encourir les foudres de la Commission de Bruxelles.

Mais Francis Mer dispose t-il encore de 1 ou 2 milliards d’euros non affectés dans le prochain budget ?


Article original paru dans le journal Marianne en ligne
 
 
Publié le lundi 9 septembre 2002
Mis à jour le lundi 9 décembre 2002

 
 
 
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