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vendredi 21 novembre 2008

 

Paris le 10 Septembre 2002
Communiqué de presse de l’ A.S.C.I.T.
Association Syndicale des Cadres supérieurs et Ingénieurs aux Télécommunications

 

Création de Valeur et Destruction de Richesse

La création de valeur, théorie américaine née au lendemain du crash boursier de 1987 porte sur tous les éléments de l’entreprise de type capitaliste. Elle s’intéresse à l’outil de production, au capital et aux ressources humaines. La valeur de l’entreprise ne réside pas dans sa capacité actualisée de produire comme dans le schéma classique et comptable de valorisation des entreprises mais dans une projection dans l’avenir de la valeur financière probable de l’entreprise Pour les spéculateurs, il ne s’agit plus de tenir compte des fondamentaux de l’entreprise.

L’élément déterminant est le seuil de rentabilité qui permet aux chefs d’entreprises d’attirer les investisseurs boursiers. Ce seuil, fixé à 15 % est en lui-même porteur d’instabilité, de précarité et de fuite en avant. Il privilégie le court terme en obligeant les directions à choisir les retours immédiats sur investissement au détriment des investissements de structure à long terme. Les placements ne sont plus le fait de « bons pères des famille » mais d’actionnaires toujours en quête des meilleurs rendements financiers. Selon la Commission des Opérations de Bourse, la durée des placements ne dépasse pas 7 mois. Il est certain que cette logique boursière est contraire à toute notion de pérennité et oblige les directoires à sacrifier des pans entiers d’activités et à licencier le personnel pour réduire les coûts immédiats de production et améliorer la rentabilité sur le seul court terme.

Le modèle anglo-saxon démontre en lui-même les effets pervers de la financiarisation de l’économie quotidienne des ménages.
En 1998 la moyenne d’endettement des ménages américains était de 104 % par rapport à la moyenne des revenus. Fin 2001, ce taux était passé à 140% avec des dividendes boursiers qui assuraient la moitié des revenus des ménages. Pour le Standard & Poors 500, la capitalisation boursière a perdu 50% dans le dégonflement de la bulle financière.

Ce sont autant de revenus en moins pour les actionnaires et surtout pour la consommation des ménages qui sont conduits à réduire leur train de vie. Les banques ne pourront pas continuer à faire vivre à crédit la population américaine devenue en partie insolvable par suite de surendettement et la récession aux Etats Unis semble le scénario le plus plausible dans les mois à venir, avec toutes les conséquences que cela engendre pour l’économie des pays sur lesquels les fonds de pension vont chercher à ponctionner les bénéfices qu’il leur faut absolument.
La problématique est différente en France où les ménages épargnent davantage et où les revenus des placements boursiers n’entrent dans les revenus globaux que chez 14% des ménages. Mais il faut prendre bien garde aux sirènes du libéralisme auxquelles la gauche comme la droite prêtent une oreille complaisante pour éviter de tomber dans les pièges de l’actionnariat salarial, des fonds de pension et des retraites et enfin des stocks options.

Aux Etats Unis, le salarié est actionnaire de son entreprise qui assure aussi la retraite de son personnel.
De ce fait, la baisse des revenus de l’action touche les niveaux de retraite avant les dividendes accordés aux salariés. Les retraités sont obligés de se remettre sur le marché du travail pour survivre. Casper, la plus grosse institution de fonds de pension qui gère le plus de retraites aux USA a perdu 20% de ses revenus dans les dix huit derniers mois. Elle s’est désengagée des TMT trop risquées et des assurances, trop attaquées.
Ces fonds se comportent donc comme des parasites vis-à-vis des entreprises. Les salariés, retraités, actionnaires de Cisco, Enron, Worldcom, Fischer n’ont plus rien. Que la gestion des fonds soit réalisée par l’entreprise elle-même ou par un fonds de pension spécialisé, les risques sont grands de ruiner les épargnants. La rémunération par stocks options n’est pas non plus une solution durable pour les salariés. D’une part, nombre de start-up ont fait faillite et n’ont pas pu rémunérer leurs salariés qui se sont retrouvés avec des assignats dans les poches. D’autre part, si les stocks options deviennent la seule source de revenus des salariés, ce mode de rémunération n’étant pas considéré comptablement comme une charge, la réalité de l’entreprise est-elle bien cernée ?

France Télécom, au même titre que Deutsch Télécom a voulu être la vitrine de l’actionnariat populaire de masse.
Pour les salariés, ce devait être un enrichissement supérieur à ce que proposait la grille salariale, devenue accessoire. La modération salariale était implicitement convenue. Cinq ans après, on voit que toutes les ressources ont été mobilisées pour réaliser des acquisitions dignes de la « Vie.com ». On voit aussi que tout ce qui avait une valeur marchande a été vendu pour tenter d’ équilibrer les comptes. La « machine à cash » ne sert plus qu’à honorer les intérêts, les fournisseurs et à payer le personnel. Elle n’est plus en mesure de rembourser la dette elle même. FT se trouve dans la même situation que la sidérurgie française il y a un quart de siècle. On sait ce qu’elle est advenue.
Nous sommes bien dans un schéma ou la création de valeur a détruit les richesses de l’entreprise. De plus l’opérateur FT (et les autres) est conduit à ne pas diminuer le prix de ses prestations, réduisant ainsi la consommation - c’est le cas actuellement pour les mobiles - . Les salaires n’augmentant plus, les départs de l’entreprise n’étant pas remplacés, nous sommes entrés dans un cercle vicieux : baisse de la production, arrêt des investissements pour l’avenir, avec en prime une baisse de la qualité du service rendu.

La direction de France Télécom a récemment remanié son Comex en le recentrant sur une politique de création de valeur avec ses directeurs les plus durs acquis à la théorie américaine.
Cette réaction à contre sens de l’histoire (la théorie a montré ses limites avec l’explosion de la bulle financière et les vertus de l’EBITDA sont aujourd’hui particulièrement contestées par le fait que l’indicateur ne fait pas apparaître le poids de la dette) n’est que la démonstration d’une attitude psychorigide d’une minorité aux abois qui refuse non seulement de céder le pouvoir mais surtout de reconnaître qu’elle s’est trompée.
Tout au contraire, le président de l’entreprise a tenté de faire porter la responsabilité du plongeon boursier de France Télécom d’abord aux spéculateurs, ce qui n’est pas faux, mais aussi au personnel lui-même, ce qui est vraiment très bon. Ce même personnel a participé depuis trente ans à construire le fleuron de l’industrie française que la direction de son PDG a mis huit ans à ruiner, ceci depuis que FT et les gouvernements ont prétendu remplacer les fonctionnaires chargés d’accomplir un service aux usagers par des salariés chargés de placer un produit marketing auprès de clients et depuis que des patrons n’ont plus aucune confiance en la capacité d’innover de leurs subordonnés puisqu’ils ne pensent qu’à racheter à l’extérieur des activités par pans entiers.

Durant ces dernières années, le personnel a été fortement sollicité.

  • Il est devenu actionnaire,
  • Il a été déplacé, restructuré et a perdu ses repères en perdant son métier d’origine pour être mis « face au client »
  • Il a perdu son argent ses illusions et ses projets dans l’effondrement du cours de l’action après s’être cru millionnaire.
  • Après avoir été incriminé par Michel Bon, il risque de perdre son statut et d’être licencié.

Voilà en quatre points comment à France Télécom la création de valeur n’a produit qu’amertume, appauvrissement, destruction d’emplois et de l’outil de production.
C’est la fin de la langue de bois sentencieuse, de la pensée unique paternaliste que certains avaient pourtant habillée de tous les atours de la clairvoyance. Voilà la pauvre vérité de ce que les salariés de FT ont vécu depuis 1997 : il ne s’agissait pas de science, qu’elle soit économique ou financière, mais de simples croyances comme il en existe dans toutes les sectes, avec les dix commandements de quelques mégalomanes qui s’auto-admirent.
Nous avons agi, certains syndicats compris, comme si nous acceptions de retrouver le confort des sociétés primitives où la magie rythme la vie, les us et les coutumes du peuple envers la chefferie.

Mais la magie du libéralisme vertueux n’existe pas. Il ne fait pas le bonheur du plus grand nombre contrairement à ce vers quoi devrait tendre l’idéal de progrès. Nous sommes bien en recul social mais aussi productif au profit d’intérêts financiers éphémères et destructeurs qui ont pris toute l’apparence de dictatures.

Ce n’est pas seulement un troisième tour social qu’il faut à la France mais une réelle prise de conscience planétaire pour écarter du pouvoir les égoïsmes totalitaristes de la finance.


Association Syndicale des Cadres supérieurs et Ingénieurs aux Télécommunications
Secrétaire Général : DR Nantes - DRH-FTF- 1 r Vasco de Gama -44812 ST-HERBLAIN Cédex Tel : 02.40.44 48 28 Fax : 02.40.44 48 29
Secrétariat Permanent : 8/10 Bd de Vaugirard - 75903 Paris Cedex 15 Tel : 01.56.66.44.60 Fax : 01.56.66.44.61
 
 
Publié le samedi 21 septembre 2002
Mis à jour le jeudi 26 septembre 2002

 
 
 
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