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Les leçons de France Télécom
Plus de 70 milliards d’euros de dette, 12 milliards de pertes simplement pour le premier semestre, de tels chiffres laissent pantois. Comment France Télécom, entreprise il y peu prospère, en est arrivée là ?Ce résultat est le produit de deux échecs et d’une démission.
L’enseignement à tirer de ce fiasco est qu’il faut en finir avec les chimères de la libéralisation des services publics. Nous ne sommes plus dans un débat théorique. L’expérience de plus de dix ans de libéralisation a montré que la recette qui mélange ouverture à la concurrence et privatisation a abouti à des plats amers : baisse de la qualité du service rendu, "rééquilibrage tarifaire" au détriment de la grande masse des usagers, suppression massive d’emplois. Il faut donc saisir l’occasion de la sortie prochaine du Livre vert de la commission sur les "services d’intérêt économique général", qui doit précéder une directive sur le sujet, pour que soient prises en compte les spécificités des services publics qui ne peuvent être soumis aux règles du marché unique. Il s’agit d’imposer le passage d’une logique de concurrence à une logique de coopération pour mettre en place de véritables services publics au niveau européen. Dans ce cadre, il est de la responsabilité de l’Etat d’empêcher la transformation des entreprises de service public en multinationale et de renoncer à des privatisations, même appelées hypocritement "ouverture du capital", qui les soumettent aux marchés financiers. Cette orientation est particulièrement urgente dans le cas d’EDF dont le comportement prédateur à l’étranger a mis les comptes dans le rouge et dont le président a eu le cynisme d’exiger que les usagers paient, avec des hausses de tarifs, le prix d’une stratégie sucidaire, qui plus est dans un secteur comme l’électricité dont la croissance est beaucoup plus faible que celui des télécommunications. Si aucune solution miracle ne fera disparaître les 70 milliards d’euros de dette de France Télécom, le redressement de l’entreprise passe par une rupture tant avec les marchés financiers qu’avec la stratégie actuelle de transformation en multinationale. La renationalisation de l’entreprise, qui par ailleurs serait moins coûteuse pour le budget de l’Etat qu’une recapitalisation, en est la première condition. La seconde tient à la définition par l’Etat de nouvelles missions de service public intégrant les récents développements technologiques avec comme objectif de réduire la fracture numérique. C’est dire qu’il s’agit là d’une rupture politique avec le passé récent et plus même d’une révolution culturelle. Le gouvernement actuel en sera-t-il capable ? La réponse à cette question tient, au moins en partie, dans la capacité des salariés et des usagers des services publics à se mobiliser pour l’imposer. Pierre Khalfa et René Ollier. source : ATTAC France
Publié le dimanche 8 décembre 2002
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